OPERA BASTILLE « LA WALKYRIE » dans un monde futuriste et apocalyptique

Le Rheingold de janvier dernier proposé par l’Opéra Bastille n’avait pas convaincu. Malheureusement, la première journée du Ring La Walkyrie conduit au même diagnostic et ne déroge pas aux principes de la mise en scène catastrophique de .

Le metteur en scène espagnol signe la première Tétralogie « transhumaniste », mais on comprend mieux la cohérence du propos développé pour cette Walkyrie. Cela se confirme dès le premier acte. Le décor est planté : un décor cauchemardesque de Tchernobyl moderne, où s’est produite l’apocalypse nucléaire. Seul un pauvre arbuste et une carcasse de bélier (sans doute un de ceux qui devaient tirer le char de Fricka ??) constituent les seules traces de nature. Le Walhalla ressemble à un vaste « data-center » sur lequel règne Wotan (en robe de chambre et bottes en caoutchouc), sorte de gourou de l’économie numérique, qui taquine sa fille avec un chien-robot E-doggy développé par la Société Ecotech. Les humains vivent confinés dans les espaces réduits du décor. « Décor » qui se résume en un immense mur de tôles perforées qui s’ouvrent pour apercevoir les compartiments dans lesquels se concentre l’action : d’abord la cabane de Hunding en uniforme nazi (avec bien sûr la petite moustache qui va avec) en train de dépecer le bélier et violenter son épouse Sieglinde (dont les multiples ecchymoses en témoignent) et en second plan, la salle « technologique » de Wotan, tout en haut le rocher de Brünnhilde.

©HerwigPrammer-OnP

La mise en scène est particulièrement axée sur les interactions entre les protagonistes : à l’avant-scène, les ébats de Siegmund et Sieglinde (sur un vieux matelas) débordent d’érotisme. Le face à face Fricka (façon Lady Gaga ) et Wotan tourne au vinaigre tandis que la relation père-fille entre Wotan et Brünnhilde est empreinte d’une affection pleine de perversité. Mais il y a aussi quelques détails qui restent obscurs : ce n’est pas Hunding qui tue Siegmund, mais Wotan, non pas avec sa lance, mais avec « Notung » ??? qui ne veut pas se briser. On est pris de fou rire lorsque Brünnhilde (petite peste capricieuse) vêtue d’une robe bleu pétrole, chevauche un cheval de bois.

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Quant à la chevauchée des Walkyries perchées à tous les niveaux du mur en métal, elles sont vêtues d’une tenue de plongée, avec masque à gaz et leurs yeux vert émeraude percent la nuit, tandis que la video déverse un flot d’images hallucinantes et effrayantes. A la fin, pas de cercle de feu, mais Wotan toujours en robe de chambre aligne une barrière de masques à gaz, tandis que Brünnhilde reste enfermée sur les hauteurs du fameux mur métallique. Aucune humanité, aucun romantisme, rien de sentimental dans cette mise en scène spectaculaire, mais laide à souhait.

Le côté positif est musical, grâce au chef espagnol Pablo Heras-Casado qui trouve enfin ses marques dans la salle de la Bastille. Dès la tempête confiée aux cordes, le son se focalise et la battue du chef distille de savoureux effets chambristes, mais atténue la force des attaques. On est loin de l’orchestre « wagnérien ».

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Mais, oh Miracle : le plateau ne connaît aucune faiblesse. Le couple de jumeaux Sigmund et Sieglinde sont sur les cimes. Elza Van den Heever, malheureusement maltraitée par la mise en scène qui l’oblige à des contorsions, à des poses souvent vulgaires, campe une Sieglinde radieuse et éperdue, submergée par sa passion. Son intervention à la fin du 2e acte est un mélange de puissance et de larmes qui est un des rares moments émouvants de cette Walkyrie. A ses côtés, le ténor français Stanilas de Barbeyrac a la voix et l’intelligence pour aborder des rôles de plus en plus lourds. Sans jamais forcer ses moyens, avec une apparente facilité, il incarne un Siegmund à la fois juvénile et touchant. Sa voix est homogène et son timbre dispose de teintes chaleureuses. Son hymne au printemps est de toute beauté, son art de la demi-teinte rappelle un certain Jonas Kaufmann…. On peut dire qu’un nouveau ténor wagnérien est né….

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Également desservie par la mise en scène (et les costumes horribles) Tamara Wilson, plus catcheuse que Walkyrie a les moyens et les notes pour interpréter Brünnhilde, rôle dur auquel son timbre doux apporte la jeunesse pertinente, avec parfois des aigus insolents, oscillant constamment entre force brutale et douleur éplorée.

La Fricka aguicheuse d’Eve-Maud Hubeaux ne nous convainc pas par son chant dépourvu de nuances.

Günther Groissböck reste un peu sur la réserve, avec une froide et imposante autorité, mais sans le grave caverneux des plus effrayants Hunding.

Au Walhalla, après la défection de Iain Paterson et Christopher Maltman, le baryton britannique James Rutherford aborde le rôle de Wotan. Il manque de puissance et de grave. Ce n’est plus un dieu puissant mais un père incapable de garder sa fille, qui s’oppose à sa volonté, ni de gérer ses propres émotions.

Une soirée décevante par la mise en scène chaotique de Calixto Bieito. Musicalement, il faut espérer que la direction de Pablo Heras-Casado se fasse plus puissante et dramatique afin de soutenir pleinement les chanteurs qui portent seuls sur leurs épaules le poids d’un drame qui n’arrive pas à convaincre.

Quel dommage, la musique de Wagner, pourtant tellement riche, méritait mieux !!!

Marie-Thérèse Werling

Direction : . Pablo Heras-Casado
Mise en scène : Calixto Bieito
Décors : Rebecca Ringst
Costumes : Ingo Krügler
Lumières : Michael Bauer
Vidéo : Sarah Derendinger
Dramaturgie : Bettina Auer

Siegmund : Stanislas de Barbeyrac
Wotan : Christopher Maltman
Hunding : Günther Groissböck
Sieglinde : Elza van den Heever
Brünnhilde : Tamara Wilson
Fricka : Ève-Maud Hubeaux
Gerhilde : Louise Foor
Ortlinde : Laura Wilde
Waltraute : Marie-Andrée Bouchard-Lesieur
Schwertleite : Katharina Magiera
Helmwige : Jessica Faselt
Siegrune : Ida Aldrian
Grimgerde : Marvic Monreal
Rossweisse : Marie-Luise Dreßen

Orchestre de l’Opéra national de Paris

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